Pronostic Vital

(fiction)

 

En grec ancien, on employait le terme de pharmakon

pour désigner une substance au confluent de la vie et de la mort.

Entre remède et poison, la limite était floue et les symptômes inattendus.

A petite dose, ils me tuent. A forte dose, ils me sauvent...

Déjà plus d’une semaine que je ne bouge pratiquement plus de mon lit.

J’en ai fait ma retraite, ma cellule, mon port d’attache…
 Ma rage même est incapable de secouer la prostration qui me tient cloué au lit.
Dans un ultime effort qui, je le sens, va m’épuiser, je rassemble le peu d’énergie qui me reste,

pour écouter en moi ce qui me brûle…,

tout ce qui peut filtrer dans mes souvenirs de ce qui ne m’a pas épargné :
les trahisons, abandons, flots de paroles haineuses qui m’atteignaient directement et me blessaient….

  J’ai ressenti une douleur aiguë, l’intensité de la seconde qui a suivi.
Mais là encore, je n’ai pas bougé.
Mes forces m’avaient abandonné.
 J’ai finalement pris conscience de ce vide affreux

et je me suis levé, m’accrochant aux meubles, au mur,

tenté de me rattraper grâce aux chansons des Michel …

J’ai couru, trébuché jusqu’à la porte, je l’ai ouverte et me suis précipité,

Hagard, hirsute, chancelant…
La carte indique que le paiement est refusé.

Alors je n’ai même pas mangé…
 Je n’ai rien dit et je ne dirai plus rien.
parce que c’est presque la fin…